Dans cet article
- L’assurance emprunteur n’est pas légalement obligatoire, mais elle est exigée par la quasi-totalité des banques pour accorder un prêt immobilier
- La loi Lemoine de 2022 permet de résilier et changer d’assurance emprunteur à tout moment, sans frais ni pénalités
- Emprunter sans assurance reste théoriquement possible en proposant des garanties alternatives comme le nantissement ou l’hypothèque sur un bien libre
- Le coût de l’assurance emprunteur représente en moyenne entre 0,10 % et 0,50 % du capital emprunté par an selon le profil de l’emprunteur
- La délégation d’assurance peut générer une économie allant jusqu’à 15 000 € sur la durée totale du prêt
- Les garanties décès et PTIA sont systématiquement exigées par les banques, les garanties ITT et IPP dépendent du type de projet
Sommaire
- Assurance emprunteur : ce que dit réellement la loi
- Pourquoi les banques exigent systématiquement une assurance
- Les garanties obligatoires et les garanties facultatives
- Emprunter sans assurance : les alternatives concrètes
- Loi Lemoine : résilier et changer d’assurance à tout moment
- Combien coûte réellement l’assurance emprunteur ?
- Cas particuliers : prêt consommation, éco-PTZ et seniors
- Mes conseils pratiques pour bien choisir votre assurance
En dix-huit ans de conseil immobilier à Dijon, je ne compte plus le nombre de clients qui m’ont posé cette question : l’assurance emprunteur est-elle vraiment obligatoire pour obtenir un crédit immobilier ? La réponse est plus nuancée qu’on ne le pense, et la confusion entre obligation légale et exigence bancaire coûte chaque année des milliers d’euros aux emprunteurs mal informés. Je vous explique tout dans ce guide complet, issu de mon expérience terrain et des dernières évolutions réglementaires.
Assurance emprunteur : ce que dit réellement la loi
Commençons par le point fondamental qui surprend souvent mes clients : aucune loi française n’impose de souscrire une assurance emprunteur pour obtenir un prêt immobilier. Le Code des assurances définit le cadre de l’assurance emprunteur aux articles L.113-12 et suivants, mais il n’en fait pas une obligation légale au sens strict.
En pratique, la distinction est la suivante :
- Sur le plan juridique, l’assurance emprunteur est facultative. Aucun texte de loi ne vous contraint à en souscrire une.
- Sur le plan bancaire, elle est quasi systématiquement exigée. La banque conditionne l’octroi du prêt à la souscription d’une assurance couvrant au minimum le décès et la perte totale et irréversible d’autonomie (PTIA).
Cette nuance est capitale. La banque a le droit d’exiger une assurance dans le cadre de sa politique de risque. Elle n’est pas obligée de vous prêter de l’argent, et l’assurance fait partie des conditions qu’elle pose pour accepter votre dossier. C’est pourquoi je dis toujours à mes clients : juridiquement facultative, mais concrètement incontournable dans l’immense majorité des cas.

Pourquoi les banques exigent systématiquement une assurance
Pour comprendre l’exigence des banques, il faut se placer de leur côté. Quand un établissement vous prête 200 000 € sur 25 ans, il prend un risque considérable. L’assurance emprunteur constitue sa garantie principale en cas d’imprévu grave.
Voici les raisons concrètes pour lesquelles les banques imposent cette assurance :
- Protection contre le décès de l’emprunteur : le capital restant dû est remboursé par l’assureur, ce qui évite de reporter la dette sur les héritiers
- Couverture en cas d’invalidité : si l’emprunteur ne peut plus travailler, les mensualités sont prises en charge
- Sécurisation du portefeuille de prêts : les ratios prudentiels imposés par la Banque centrale européenne incitent les banques à minimiser les risques de défaut
- Protection de l’emprunteur lui-même : en cas de coup dur, ni l’emprunteur ni sa famille ne se retrouvent étranglés par les remboursements
Dans mon expérience, la banque protège autant ses intérêts que ceux de l’emprunteur. J’ai accompagné un couple dijonnais qui avait perdu le co-emprunteur principal dans un accident. Sans l’assurance emprunteur, le conjoint survivant aurait dû vendre le bien en urgence pour rembourser le prêt. L’assurance a pris en charge 100 % du capital restant dû, soit près de 180 000 €. Ce genre de situation rappelle pourquoi cette couverture, même si elle n’est pas légalement obligatoire, reste indispensable.
Les garanties obligatoires et les garanties facultatives
Toutes les garanties d’une assurance emprunteur n’ont pas le même statut. Les banques distinguent les garanties qu’elles considèrent comme indispensables de celles qui restent optionnelles. Voici un tableau récapitulatif que j’utilise souvent avec mes clients pour y voir clair.
| Garantie | Statut bancaire | Couverture | Exigée pour |
|---|---|---|---|
| Décès (DC) | Systématiquement exigée | Remboursement du capital restant dû | Tout prêt immobilier |
| PTIA (Perte totale et irréversible d’autonomie) | Systématiquement exigée | Remboursement du capital restant dû | Tout prêt immobilier |
| ITT (Incapacité temporaire de travail) | Très souvent exigée | Prise en charge des mensualités | Résidence principale |
| IPP (Invalidité permanente partielle) | Souvent exigée | Prise en charge partielle des mensualités | Résidence principale |
| IPT (Invalidité permanente totale) | Très souvent exigée | Remboursement du capital restant dû | Résidence principale |
| Perte d’emploi | Facultative | Prise en charge partielle pendant 12 à 24 mois | Optionnelle, rarement rentable |
Pour un investissement locatif, les banques se contentent généralement des garanties décès et PTIA, car les loyers perçus contribuent au remboursement. Pour une résidence principale, elles exigent presque toujours les garanties ITT, IPP et IPT en complément. Quant à la garantie perte d’emploi, je la déconseille dans la plupart des cas : son coût est élevé, ses conditions d’activation sont restrictives, et les délais de carence la rendent peu avantageuse.
Emprunter sans assurance : les alternatives concrètes
Puisque l’assurance emprunteur n’est pas légalement obligatoire, est-il possible d’emprunter sans assurance ? La réponse est oui, mais dans des cas très limités et sous conditions strictes. J’ai vu cette situation se présenter à quelques reprises au cours de ma carrière.
Les banques peuvent accepter de se passer d’assurance emprunteur si l’emprunteur propose des garanties alternatives suffisantes :
- Le nantissement : vous mettez en gage un placement financier (assurance-vie, portefeuille de titres, PEA) d’une valeur au moins équivalente au montant emprunté. En cas de défaillance, la banque se rembourse sur ce placement.
- L’hypothèque sur un bien libre de toute charge : si vous possédez déjà un bien immobilier entièrement payé, vous pouvez le proposer en garantie. La valeur du bien doit couvrir largement le montant du prêt.
- Le cautionnement personnel d’un tiers : une personne solvable se porte caution solidaire. Cette option est rare et complexe à mettre en place.
En pratique, ces alternatives concernent principalement des emprunteurs disposant d’un patrimoine important. Pour un primo-accédant qui emprunte 250 000 € sans épargne conséquente, il n’existe pas de solution réaliste pour contourner l’assurance emprunteur. Je conseille plutôt de concentrer les efforts sur le choix du contrat le plus compétitif, ce qui permet d’économiser bien davantage que de chercher à s’en passer.

Loi Lemoine : résilier et changer d’assurance à tout moment
La loi Lemoine du 28 février 2022 a profondément changé le paysage de l’assurance emprunteur en France. Depuis le 1er juin 2022 pour les nouveaux contrats et le 1er septembre 2022 pour les contrats en cours, tout emprunteur peut résilier et changer son assurance de prêt à tout moment, sans frais, sans pénalités et sans attendre une date anniversaire.
Cette loi apporte trois avancées majeures, comme le détaille le site Service-public.fr dans sa fiche sur l’assurance emprunteur :
- Résiliation à tout moment : fini les contraintes de date anniversaire imposées par la loi Hamon (première année) ou l’amendement Bourquin (chaque année à date anniversaire). Vous pouvez changer quand vous le souhaitez.
- Suppression du questionnaire de santé pour les prêts dont la part assurée est inférieure à 200 000 € par assuré et dont le terme intervient avant le 60e anniversaire de l’emprunteur.
- Droit à l’oubli réduit à 5 ans pour les anciens malades du cancer et de l’hépatite C, contre 10 ans auparavant.
Concrètement, si vous avez souscrit un contrat groupe proposé par votre banque il y a trois ans, rien ne vous empêche de le remplacer demain par un contrat individuel moins cher. La seule condition est que les garanties du nouveau contrat soient au moins équivalentes à celles exigées par la banque. Si cette condition est respectée, la banque a 10 jours ouvrés pour accepter ou motiver un refus.
D’après mon expérience, la délégation d’assurance génère des économies allant de 5 000 à 15 000 € sur la durée totale du prêt, selon l’âge et le profil de l’emprunteur. C’est l’un des leviers les plus efficaces pour réduire le coût global de l’assurance emprunteur.
Combien coûte réellement l’assurance emprunteur ?
Le coût de l’assurance emprunteur varie considérablement selon le profil de l’emprunteur, le type de contrat et les garanties choisies. Pour vous donner un ordre de grandeur concret, voici un comparatif basé sur un emprunt de 250 000 € sur 20 ans.
| Profil emprunteur | Contrat groupe (banque) | Délégation (assureur externe) | Économie potentielle |
|---|---|---|---|
| 30 ans, non-fumeur, bonne santé | 0,34 % soit 17 000 € | 0,10 % soit 5 000 € | 12 000 € |
| 40 ans, non-fumeur, bonne santé | 0,38 % soit 19 000 € | 0,18 % soit 9 000 € | 10 000 € |
| 50 ans, non-fumeur, bonne santé | 0,45 % soit 22 500 € | 0,30 % soit 15 000 € | 7 500 € |
| 35 ans, fumeur | 0,50 % soit 25 000 € | 0,25 % soit 12 500 € | 12 500 € |
Ces chiffres montrent clairement l’intérêt de comparer les offres. Le contrat groupe proposé par la banque lors de la signature du prêt est rarement le plus compétitif. Les assureurs spécialisés pratiquent des tarifs parfois deux à trois fois inférieurs pour des garanties équivalentes, voire supérieures.
Je recommande systématiquement à mes clients dijonnais de demander au minimum trois devis auprès d’assureurs différents avant de s’engager. Les courtiers en assurance emprunteur peuvent également faciliter cette démarche en comparant pour vous les offres du marché. N’oubliez pas de vérifier le TAEA (taux annuel effectif d’assurance), qui est le seul indicateur fiable pour comparer les contrats entre eux.
Cas particuliers : prêt consommation, éco-PTZ et seniors
L’assurance emprunteur ne concerne pas uniquement le prêt immobilier classique. Plusieurs cas de figure méritent une attention particulière.
Prêt à la consommation
Pour un crédit à la consommation, l’assurance emprunteur est encore plus clairement facultative. Les organismes de crédit la proposent systématiquement, mais elle n’est jamais une condition d’octroi au sens strict. Le montant emprunté étant généralement plus faible et la durée plus courte, le risque pour le prêteur est moindre. Cependant, pour les crédits consommation importants (travaux, véhicule), une couverture minimale reste prudente.
Éco-PTZ (éco-prêt à taux zéro)
L’éco-PTZ, destiné au financement de travaux de rénovation énergétique, ne nécessite pas d’assurance emprunteur dans la plupart des cas. Ce prêt étant garanti par l’État, les banques se montrent moins exigeantes. Toutefois, certaines banques peuvent tout de même la demander selon leur politique interne. N’hésitez pas à négocier ce point.
Emprunteurs seniors et personnes malades
L’assurance emprunteur après 70 ans reste accessible mais à des conditions plus restrictives et des tarifs plus élevés. Certains assureurs plafonnent la couverture à 75 ou 80 ans. Pour les personnes ayant ou ayant eu des problèmes de santé, la convention AERAS (s’Assurer et Emprunter avec un Risque Aggravé de Santé) garantit un accès à l’assurance, même si les surprimes peuvent être significatives. Grâce à la loi Lemoine, le droit à l’oubli est désormais de 5 ans après la fin du protocole thérapeutique pour les cancers et l’hépatite C.

Mes conseils pratiques pour bien choisir votre assurance
Après avoir accompagné des centaines d’acquéreurs dans leur projet immobilier, voici les recommandations que je formule systématiquement à mes clients :
- Ne signez jamais le contrat groupe de la banque sans comparer : c’est le réflexe le plus coûteux que je constate. Prenez le temps de solliciter des devis auprès d’assureurs externes.
- Vérifiez la quotité d’assurance : pour un couple, la répartition peut être de 100 %/100 %, 50 %/50 % ou tout autre ratio. Je recommande 100 % sur chaque tête pour une résidence principale.
- Lisez attentivement les exclusions : certains contrats excluent les sports à risque, les déplacements professionnels à l’étranger ou certaines pathologies. Vérifiez que votre mode de vie est couvert.
- Attention aux délais de carence et de franchise : un délai de franchise de 90 jours en ITT signifie que vous devrez payer vos mensualités de votre poche pendant trois mois avant que l’assurance ne prenne le relais.
- Profitez de la loi Lemoine : même si vous avez déjà signé votre prêt, il n’est jamais trop tard pour changer. Faites le point chaque année sur les offres du marché.
Pour les emprunteurs dijonnais qui préparent leur projet d’achat, je conseille aussi de bien comprendre le mécanisme des conditions suspensives dans le compromis de vente, car le refus d’assurance peut constituer un motif légitime pour se désengager.
Enfin, gardez à l’esprit que le marché immobilier en 2026 reste dynamique, et qu’une bonne maîtrise des coûts annexes comme l’assurance emprunteur peut faire la différence entre un projet qui aboutit et un projet qui cale. Avant de vous engager, pensez également à anticiper les frais liés au coût des diagnostics immobiliers et à la fiscalité locale, notamment si vous envisagez d’acheter en copropriété.
À retenir
- L’assurance emprunteur n’est pas légalement obligatoire, mais aucune banque ne vous prêtera sans elle sauf si vous proposez des garanties solides en remplacement
- Comparez au moins 3 devis d’assureurs différents avant de signer votre contrat, en vous appuyant sur le TAEA pour une comparaison fiable
- Utilisez la loi Lemoine pour résilier à tout moment et changer d’assurance si vous trouvez moins cher à garanties équivalentes
- Pour un prêt inférieur à 200 000 € par assuré avec un terme avant 60 ans, vous n’avez plus de questionnaire de santé à remplir
- Privilégiez une quotité de 100 % sur chaque emprunteur pour une résidence principale afin de protéger pleinement votre famille
Questions fréquentes
Est-il obligatoire de prendre une assurance emprunteur ?
Non, aucune loi française n’impose la souscription d’une assurance emprunteur. Cependant, dans la pratique, la quasi-totalité des banques l’exigent comme condition d’octroi du prêt immobilier. Sans assurance, il faut proposer des garanties alternatives comme le nantissement d’un placement financier ou l’hypothèque sur un bien détenu en pleine propriété. Ces alternatives ne sont accessibles qu’aux emprunteurs disposant d’un patrimoine significatif.
Oui, c’est théoriquement possible, mais très rare en pratique. La banque peut accepter de se passer d’assurance si vous apportez des garanties équivalentes : nantissement d’une assurance-vie ou d’un portefeuille de titres couvrant le montant emprunté, hypothèque sur un bien immobilier libre de toute charge, ou cautionnement solidaire d’un tiers solvable. Pour la majorité des emprunteurs, souscrire une assurance compétitive via la délégation reste la solution la plus réaliste et la plus protectrice.Est-il possible d’emprunter sans assurance ?
Oui, depuis la loi Lemoine du 28 février 2022, vous pouvez résilier votre assurance emprunteur à tout moment, sans frais ni pénalités, que votre contrat soit récent ou ancien. La seule condition est de présenter un nouveau contrat offrant des garanties au moins équivalentes à celles exigées par votre banque. Celle-ci dispose alors de 10 jours ouvrés pour accepter ou justifier un refus. Cette liberté de résiliation vous permet de bénéficier à tout moment des meilleures offres du marché.Puis-je résilier mon assurance emprunteur ?
En matière d’assurance liée à l’immobilier, trois couvertures sont considérées comme incontournables : l’assurance habitation (obligatoire pour les locataires et les copropriétaires), la responsabilité civile (intégrée dans le contrat habitation) et l’assurance emprunteur (exigée par les banques pour tout prêt immobilier, même si elle n’est pas légalement obligatoire). Pour un propriétaire occupant en maison individuelle hors copropriété, seule l’assurance emprunteur en cours de prêt est véritablement imposée par l’établissement prêteur.Quelles sont les 3 assurances obligatoires ?
Oui, les organismes de crédit proposent systématiquement une assurance emprunteur pour les prêts à la consommation, mais elle est encore plus clairement facultative que pour un prêt immobilier. Le prêteur ne peut pas conditionner l’octroi du crédit consommation à la souscription d’une assurance. Si vous décidez d’en souscrire une, sachez que la loi Lemoine s’applique également et vous permet de résilier à tout moment pour trouver une offre plus compétitive.L’assurance emprunteur couvre-t-elle aussi le prêt à la consommation ?
Si votre état de santé entraîne un refus d’assurance au tarif standard, la convention AERAS entre en jeu. Ce dispositif garantit un accès à l’assurance emprunteur pour les personnes présentant un risque aggravé de santé, moyennant éventuellement une surprime ou des exclusions de garantie. Depuis la loi Lemoine, le droit à l’oubli pour les anciens malades du cancer et de l’hépatite C est réduit à 5 ans après la fin du traitement. De plus, pour les prêts inférieurs à 200 000 € par assuré dont le terme intervient avant 60 ans, le questionnaire de santé est supprimé.Que se passe-t-il si je suis malade et que l’assurance est refusée ?
Le contrat groupe est l’assurance emprunteur proposée directement par votre banque lors de la souscription du prêt. Il mutualise les risques entre tous les emprunteurs de la banque, ce qui le rend souvent plus cher pour les profils jeunes et en bonne santé. La délégation d’assurance consiste à choisir un contrat auprès d’un assureur externe. Ce contrat individuel est généralement personnalisé selon votre profil, ce qui permet des économies allant de 5 000 à 15 000 € sur la durée totale du prêt. Depuis la loi Lagarde de 2010, la banque ne peut pas refuser une délégation si les garanties sont équivalentes.Quelle est la différence entre contrat groupe et délégation d’assurance ?
Etienne Chevalier est conseiller immobilier independant a Dijon depuis 18 ans. Ancien directeur d agence, il partage ses analyses du marche dijonnais et ses conseils pour investir, acheter ou vendre en Cote-d Or.