Bail sous-location commerciale : modèle et obligations

Dans cet article

  • La sous-location d’un bail commercial est interdite par défaut sauf accord exprès du bailleur (article L145-31 du Code de commerce)
  • Le loyer du sous-locataire ne peut excéder le loyer principal, sous peine de requalification et déplafonnement
  • Le bailleur doit être appelé à concourir à l’acte de sous-location, faute de quoi celle-ci est nulle
  • La durée de la sous-location est limitée à celle du bail principal restant à courir
  • Un contrat de sous-location commerciale doit comporter au minimum 12 clauses essentielles pour être juridiquement solide
  • En cas de sous-location irrégulière, le bailleur peut demander la résiliation du bail principal devant le tribunal

En dix-huit ans de conseil immobilier à Dijon, j’ai accompagné des dizaines de commerçants et d’investisseurs confrontés à la question de la sous-location d’un bail commercial. C’est un mécanisme puissant pour optimiser la rentabilité d’un local, mais aussi l’un des plus encadrés juridiquement. Une erreur de forme peut entraîner la résiliation pure et simple du bail principal. Dans ce guide, je vous donne toutes les clés pour sous-louer en toute légalité, avec un modèle de contrat détaillé et les obligations à respecter en 2026.

Qu’est-ce que la sous-location d’un bail commercial ?

La sous-location commerciale consiste, pour le locataire principal (appelé locataire-bailleur), à mettre tout ou partie de son local commercial à disposition d’un tiers (le sous-locataire), moyennant le paiement d’un loyer. Il s’agit d’un contrat distinct du bail principal, mais qui lui est juridiquement subordonné.

Concrètement, trois parties sont impliquées :

  • Le propriétaire bailleur : celui qui a consenti le bail commercial initial
  • Le locataire principal : titulaire du bail commercial, qui devient le bailleur du sous-locataire
  • Le sous-locataire : celui qui occupe tout ou partie des locaux

Ce mécanisme est particulièrement utilisé par les entreprises qui disposent de surfaces excédentaires, les commerçants souhaitant mutualiser les charges d’un local trop grand, ou les investisseurs cherchant à maximiser le rendement d’un local commercial. Si vous êtes dans une logique d’investissement locatif, je vous recommande aussi de consulter mon guide sur le bail commercial et sous-location qui aborde les aspects patrimoniaux.

Signature d'un contrat de sous-location commerciale entre deux professionnels
Signature d’un contrat de sous-location commerciale entre deux professionnels

Conditions légales : ce que dit le Code de commerce

Le principe est clair et il surprend souvent mes clients : la sous-location d’un bail commercial est interdite par défaut. C’est l’article L145-31 du Code de commerce qui pose cette règle. Pour qu’une sous-location soit valable, deux conditions cumulatives doivent être réunies :

Condition n°1 : l’autorisation du bailleur

Le locataire principal doit obtenir l’accord exprès du propriétaire. Cet accord peut figurer :

  • Directement dans une clause du bail commercial initial
  • Dans un avenant au bail signé ultérieurement
  • Dans un acte séparé (lettre recommandée avec accusé de réception)

Attention : un accord verbal ne suffit pas. J’ai vu des situations à Dijon où un locataire avait obtenu un « oui » oral de son propriétaire, mais s’est retrouvé en difficulté lors d’un changement de propriétaire. L’écrit est indispensable.

Condition n°2 : le concours du bailleur à l’acte

Le bailleur doit être appelé à concourir à l’acte de sous-location. Cela signifie qu’il doit être informé et invité à participer à la signature du contrat de sous-location. Cette formalité est souvent négligée, or elle est d’ordre public : même si le bail autorise la sous-location, l’absence de concours du bailleur rend la sous-location inopposable à celui-ci.

Comme le précise le guide officiel du Service Public sur la sous-location commerciale, le bailleur doit être convoqué par acte extrajudiciaire (huissier) ou par lettre recommandée avec accusé de réception, au moins 15 jours avant la date de signature prévue.

Procédure pour obtenir l’accord du bailleur

Voici la démarche que je recommande systématiquement à mes clients :

Étape 1 : vérifier la clause de sous-location dans le bail. Relisez votre bail commercial. S’il contient une clause interdisant la sous-location (ce qui est le cas dans environ 70 % des baux que je rencontre), il faudra négocier un avenant. Si le bail est silencieux, l’interdiction s’applique par défaut.

Étape 2 : adresser une demande écrite au bailleur. Envoyez une lettre recommandée avec accusé de réception précisant l’identité du sous-locataire pressenti, l’activité qu’il exercera, la surface concernée, le loyer envisagé et la durée souhaitée.

Étape 3 : négocier les conditions. Le bailleur peut accepter, refuser sans motif, ou accepter sous conditions (augmentation du loyer principal, limitation de l’activité du sous-locataire, etc.).

Étape 4 : formaliser l’accord. Rédigez un avenant au bail ou un acte séparé d’autorisation de sous-location. Je conseille toujours un modèle d’autorisation en format PDF pour garder une trace inaltérable.

Étape 5 : convoquer le bailleur à la signature. Envoyez-lui une convocation au moins 15 jours avant la signature du contrat de sous-location. Même s’il ne se présente pas, le fait de l’avoir convoqué dans les formes vous couvre juridiquement.

Modèle de contrat de sous-location commerciale

Après des années de pratique, j’ai identifié les éléments indispensables d’un bail sous-location commerciale solide. Voici la structure type que j’utilise pour mes clients :

En-tête du contrat :

  • Intitulé : « Contrat de sous-location commerciale »
  • Référence au bail principal (date, parties, numéro d’enregistrement)
  • Mention de l’autorisation du bailleur (date et forme de l’accord)

Identification des parties :

  • Le locataire principal (raison sociale, SIRET, RCS, représentant légal)
  • Le sous-locataire (mêmes informations)

Objet et description des locaux :

  • Adresse complète du local
  • Surface sous-louée en mètres carrés (totale ou partielle)
  • Plan annexé identifiant précisément les zones concernées
  • État des lieux d’entrée

Conditions financières :

  • Montant du loyer mensuel ou trimestriel
  • Modalités de révision (indice ILC ou ILAT)
  • Répartition des charges et taxes
  • Dépôt de garantie

Pour des modèles de baux dans d’autres contextes, consultez également mon article sur le bail location meublé gratuit ou les exemples de bail location meublé qui appliquent la même rigueur rédactionnelle.

Local commercial prêt à être sous-loué à un nouveau preneur
Local commercial prêt à être sous-loué à un nouveau preneur

Les 12 clauses essentielles du bail de sous-location

Clause Contenu obligatoire Risque en cas d’absence
1 Référence au bail principal Date, parties, conditions essentielles Nullité du contrat
2 Autorisation du bailleur Date et forme de l’accord écrit Résiliation du bail principal
3 Désignation des locaux Surface, plan, parties communes Litige sur le périmètre
4 Destination des lieux Activité autorisée du sous-locataire Résiliation pour changement d’activité
5 Durée Date de début et fin, ne dépassant pas le bail principal Requalification en bail précaire
6 Loyer et révision Montant, périodicité, indice de révision Contestation du loyer
7 Charges et taxes Répartition précise locataire/sous-locataire Double facturation
8 Dépôt de garantie Montant (1 à 2 termes), conditions de restitution Difficulté de recouvrement
9 Travaux et aménagements Autorisations, remise en état Litige à la sortie
10 Assurances RC, multirisque, attestation annuelle Défaut de couverture
11 Clause résolutoire Conditions de résiliation anticipée Procédure longue et coûteuse
12 État des lieux Entrée et sortie contradictoires Litige sur les dégradations

Ce tableau synthétise les clauses que je considère comme non négociables. En pratique, je rencontre régulièrement des contrats de sous-location qui omettent la clause n°2 (autorisation du bailleur) ou la clause n°5 (cohérence de durée avec le bail principal). Ces oublis sont les premières causes de contentieux.

Loyer, durée et charges : les règles à respecter

Le loyer de sous-location

C’est un point crucial que beaucoup de locataires ignorent : le loyer de la sous-location ne doit pas être supérieur au loyer du bail principal (proportionnellement à la surface sous-louée). Si le loyer de sous-location dépasse celui du bail principal, le bailleur est en droit de demander un déplafonnement du loyer à la prochaine révision triennale, conformément à l’article L145-31 alinéa 2 du Code de commerce.

Par exemple, si votre bail commercial porte sur 200 m² à 2 000 € par mois et que vous sous-louez 100 m² à 1 500 €, le bailleur pourrait exiger que votre propre loyer soit réévalué proportionnellement. J’ai vu ce mécanisme s’activer à plusieurs reprises sur le marché dijonnais, notamment dans le secteur de la rue de la Liberté.

Paramètre Bail principal Sous-location conforme Sous-location risquée
Surface 200 m² 100 m² sous-loués 100 m² sous-loués
Loyer mensuel 2 000 € 950 € (9,50 €/m²) 1 500 € (15 €/m²)
Prix au m² 10 €/m² Inférieur au bail principal Supérieur au bail principal
Risque de déplafonnement Aucun Déplafonnement possible
Durée maximale 9 ans (3/6/9) Durée restante du bail Au-delà du bail principal

La durée de la sous-location

La sous-location ne peut pas excéder la durée restante du bail principal. Si votre bail commercial expire dans 4 ans, vous ne pouvez pas consentir une sous-location de 5 ans. Au terme du bail principal, la sous-location prend fin automatiquement, sauf si le bail est renouvelé. Pour approfondir les mécanismes de renouvellement, je vous invite à lire mon guide sur comment renouveler un bail de location.

Les charges récupérables

La répartition des charges entre locataire principal et sous-locataire doit être clairement définie dans le contrat. En général, le sous-locataire supporte :

  • Sa quote-part de charges de copropriété
  • Les consommations individuelles (eau, électricité, chauffage)
  • La taxe foncière au prorata de la surface occupée
  • La contribution à l’entretien des parties communes
Document juridique formalisant l'autorisation de sous-location par le bailleur
Document juridique formalisant l’autorisation de sous-location par le bailleur

Risques de la sous-location irrégulière

Je ne le répéterai jamais assez : une sous-location non autorisée ou mal formalisée expose le locataire principal à des conséquences graves. Voici les sanctions encourues :

Résiliation du bail principal. Le bailleur peut engager une action en résiliation du bail commercial pour infraction aux clauses contractuelles. C’est la sanction la plus fréquente et la plus redoutée. Le locataire perd alors son droit au renouvellement et, dans la plupart des cas, son indemnité d’éviction.

Nullité de la sous-location. Si le bailleur n’a pas été appelé à concourir à l’acte, la sous-location est inopposable. Le sous-locataire ne dispose d’aucun droit propre vis-à-vis du propriétaire.

Dommages et intérêts. Le bailleur peut demander réparation du préjudice subi, notamment si le sous-locataire a dégradé les locaux ou exercé une activité non conforme.

Perte de la propriété commerciale. Le sous-locataire irrégulier ne bénéficie pas du statut des baux commerciaux. Il n’a ni droit au renouvellement, ni droit à une indemnité d’éviction. C’est un point que j’ai dû expliquer à plusieurs reprises à des entrepreneurs dijonnais qui pensaient être protégés par leur seul contrat de sous-location.

Pour sécuriser l’ensemble de votre opération immobilière, pensez aussi à bien rédiger vos documents de compromis de vente si vous êtes dans une logique d’acquisition de murs commerciaux.

Jurisprudence récente en sous-location commerciale

La jurisprudence en matière de sous-location commerciale est abondante et régulièrement actualisée. Voici les décisions les plus marquantes à connaître :

Cass. 3e civ., 12 septembre 2024 : la Cour de cassation a rappelé que l’autorisation de sous-louer figurant dans le bail n’exonère pas le locataire de l’obligation de convoquer le bailleur à la signature du contrat de sous-location. L’absence de convocation rend la sous-location irrégulière, même en présence d’une clause permissive.

Cass. 3e civ., 28 juin 2023 : un loyer de sous-location supérieur au loyer principal justifie le déplafonnement du loyer du bail principal lors de la révision triennale. Le bailleur peut demander la fixation du loyer à la valeur locative sans être tenu par le plafonnement légal.

Cass. 3e civ., 17 novembre 2022 : la tolérance prolongée du bailleur face à une sous-location irrégulière ne vaut pas renonciation à se prévaloir de la clause d’interdiction. Le bailleur conserve le droit de demander la résiliation même après plusieurs années de connaissance de la sous-location.

Ces décisions confirment une tendance de fond : les tribunaux sont très stricts sur le formalisme de la sous-location commerciale. Ne prenez aucun raccourci procédural.

Sous-location partielle ou totale : quelle différence ?

En pratique, la sous-location partielle est beaucoup plus courante que la sous-location totale. Voici les spécificités de chaque formule :

La sous-location partielle

Le locataire principal conserve une partie du local pour son activité et sous-loue le reste. C’est le cas typique d’un commerçant qui dispose d’un étage excédentaire ou d’un espace de stockage inutilisé. La sous-location partielle implique :

  • Un plan de répartition précis des surfaces
  • Des règles de cohabitation (accès aux parties communes, horaires, enseignes)
  • Une ventilation claire des charges entre les deux occupants

La sous-location totale

Le locataire principal sous-loue l’intégralité du local. Cette situation est plus risquée car elle peut être requalifiée en cession de bail déguisée si le locataire principal n’a plus aucune activité dans les lieux. Les tribunaux examinent alors si le locataire conserve un intérêt réel à maintenir le bail principal.

Pour les investisseurs qui s’intéressent à d’autres formes de location, consultez mes guides sur le bail location garage ou la bail location saisonnière qui répondent à des problématiques similaires de structuration contractuelle.

Sous-location et bail dérogatoire

La sous-location est également possible dans le cadre d’un bail dérogatoire (bail de courte durée, inférieur à 3 ans). Toutefois, les mêmes conditions d’autorisation et de concours du bailleur s’appliquent. La différence majeure réside dans le fait que le sous-locataire d’un bail dérogatoire ne bénéficie d’aucun droit au renouvellement, quelle que soit la durée de son occupation.

Les investisseurs en SCI doivent porter une attention particulière à la rédaction de ces baux. Je vous recommande de consulter mon article sur les frais de notaire pour un achat en SCI pour comprendre l’ensemble des coûts liés à une acquisition de local commercial en société.

À retenir

  • Vérifiez systématiquement la clause de sous-location dans votre bail commercial avant toute démarche
  • Obtenez l’autorisation écrite du bailleur et convoquez-le à la signature par lettre recommandée au moins 15 jours avant
  • Fixez un loyer de sous-location inférieur ou égal au loyer principal au prorata de la surface pour éviter le déplafonnement
  • Intégrez les 12 clauses essentielles dans votre contrat de sous-location pour vous prémunir de tout contentieux
  • Conservez tous les justificatifs (accusés de réception, acte d’autorisation, état des lieux) pendant toute la durée du bail

Questions fréquentes


Est-il possible de sous-louer un bail commercial sans l’accord du bailleur ?

Non, la sous-location d’un bail commercial est interdite par défaut selon l’article L145-31 du Code de commerce. Le locataire doit impérativement obtenir l’accord écrit du propriétaire bailleur. Sans cette autorisation, la sous-location est irrégulière et peut entraîner la résiliation du bail principal. Même si le bailleur a connaissance de la sous-location et la tolère, cela ne vaut pas autorisation.

Quelle est la durée maximale d’une sous-location commerciale ?

La durée de la sous-location commerciale est limitée à la durée restante du bail principal. Si votre bail commercial expire dans 5 ans, la sous-location ne peut excéder 5 ans. Au terme du bail principal, la sous-location prend fin automatiquement. Si le bail principal est renouvelé, un nouveau contrat de sous-location peut être conclu, sous réserve de respecter à nouveau les conditions d’autorisation.

Le sous-locataire bénéficie-t-il du droit au renouvellement ?

Le sous-locataire régulier bénéficie d’un droit au renouvellement vis-à-vis du locataire principal, mais uniquement dans la limite des droits que ce dernier tient lui-même du propriétaire. En revanche, le sous-locataire n’a aucun lien contractuel direct avec le propriétaire bailleur, sauf si ce dernier a expressément accepté de lui conférer des droits directs dans l’acte de sous-location.

Quel est le montant maximum du loyer de sous-location ?

Le Code de commerce ne fixe pas de plafond strict, mais le loyer de sous-location ne devrait pas dépasser le loyer du bail principal au prorata de la surface sous-louée. Si le loyer de sous-location est supérieur, le bailleur peut demander un déplafonnement de son propre loyer lors de la révision triennale, ce qui augmentera significativement les charges du locataire principal.

Quelles sont les conséquences d’une sous-location irrégulière ?

Une sous-location non autorisée expose le locataire principal à la résiliation de son bail commercial, à la perte de son droit au renouvellement et de son indemnité d’éviction. Le sous-locataire, quant à lui, perd tout droit sur les locaux et ne peut prétendre au statut protecteur des baux commerciaux. Des dommages et intérêts peuvent également être réclamés par le bailleur.

Comment rédiger une autorisation de sous-location commerciale ?

L’autorisation doit être rédigée par écrit, idéalement sous forme d’avenant au bail principal. Elle doit préciser l’identité du sous-locataire, l’activité autorisée, la surface concernée, la durée et le montant du loyer. Elle doit être signée par le bailleur et le locataire principal. Je recommande de faire viser ce document par un avocat spécialisé en droit des baux commerciaux pour sécuriser l’opération.


Etienne Chevalier
Etienne Chevalier

Etienne Chevalier est conseiller immobilier independant a Dijon depuis 18 ans. Ancien directeur d agence, il partage ses analyses du marche dijonnais et ses conseils pour investir, acheter ou vendre en Cote-d Or.