Pré-état des lieux : à quoi ça sert exactement ?

Dans cet article

  • Le pré-état des lieux est une visite préalable non obligatoire mais fortement recommandée avant l’état des lieux de sortie
  • Il permet au locataire de connaître les réparations à effectuer et peut lui faire économiser jusqu’à 100 % de son dépôt de garantie
  • Le délai entre le pré-état des lieux et la sortie effective est généralement de 2 à 3 semaines
  • Le locataire peut refuser un pré-état des lieux sans conséquence juridique directe
  • Le coût d’un pré-état des lieux varie de 0 à 150 € selon qu’il est réalisé par le bailleur ou un prestataire externe
  • En HLM, le pré-état des lieux est une pratique quasi systématique proposée par les bailleurs sociaux

Après 18 ans de carrière dans l’immobilier à Dijon, je peux vous affirmer une chose : la majorité des litiges entre bailleurs et locataires au moment de la restitution du logement auraient pu être évités grâce à un simple pré-état des lieux. Cette démarche, encore trop méconnue, constitue pourtant l’un des outils les plus efficaces pour protéger les intérêts des deux parties. Je vous explique en détail à quoi sert le pré-état des lieux, comment il se déroule, et pourquoi je le recommande systématiquement à mes clients investisseurs.

Qu’est-ce qu’un pré-état des lieux exactement ?

Le pré-état des lieux est une visite préalable du logement qui se déroule avant l’état des lieux de sortie officiel. Concrètement, le bailleur (ou son mandataire) et le locataire parcourent ensemble le logement, pièce par pièce, pour constater l’état général du bien et identifier les éventuelles dégradations. Cette visite n’a aucune valeur contractuelle au sens strict : elle ne remplace en aucun cas l’état des lieux de sortie prévu par la loi du 6 juillet 1989 régissant les rapports locatifs.

En pratique, le pré-état des lieux fonctionne comme un diagnostic anticipé. Il dresse un bilan intermédiaire qui permet au locataire de savoir précisément quelles remises en état il doit effectuer avant de rendre les clés. C’est une sorte de feuille de route pour quitter le logement dans les meilleures conditions possibles, tant pour le locataire que pour le propriétaire.

Identifier chaque dégradation pièce par pièce est la clé d'un pré-état des lieux réussi
Identifier chaque dégradation pièce par pièce est la clé d’un pré-état des lieux réussi

J’insiste sur un point important : le pré-état des lieux ne concerne pas uniquement la sortie. On le pratique parfois aussi à l’entrée, notamment pour vérifier que les travaux promis par le bailleur ont bien été réalisés avant la signature du bail. Toutefois, dans l’immense majorité des cas, c’est bien le pré-état des lieux de sortie qui nous intéresse ici.

Différence entre pré-état des lieux et état des lieux de sortie

Je constate régulièrement une confusion entre ces deux démarches. Clarifions les choses avec un comparatif précis.

Critère Pré-état des lieux État des lieux de sortie
Valeur juridique Aucune valeur contractuelle Document officiel opposable
Obligation légale Non obligatoire Obligatoire (loi du 6 juillet 1989)
Moment 2 à 3 semaines avant la sortie Le jour de la remise des clés
Objectif Identifier les réparations à effectuer Constater l’état définitif du logement
Conséquence financière directe Aucune retenue possible Retenues sur dépôt de garantie possibles
Signatures Facultatives (simple compte-rendu) Obligatoires des deux parties
Recours en cas de désaccord Aucun recours formel Commission départementale de conciliation ou tribunal

L’état des lieux de sortie est le seul document qui fait foi juridiquement. Le pré-état des lieux, lui, est un outil de prévention et de dialogue. C’est précisément ce qui fait sa force : sans pression juridique, les échanges sont plus sereins et les deux parties trouvent plus facilement un terrain d’entente.

Pourquoi faire un pré-état des lieux : les avantages concrets

Pour le locataire

Le premier avantage est évident : le locataire sait exactement ce qu’on attend de lui. Lors de mes accompagnements, je vois régulièrement des locataires surpris par des retenues sur leur dépôt de garantie pour des dégradations qu’ils auraient pu réparer eux-mêmes à moindre coût. Un trou de cheville rebouché revient à quelques euros ; la même réparation facturée par un professionnel mandaté par le bailleur peut atteindre 30 à 50 €.

Le pré-état des lieux permet aussi au locataire de contester d’éventuelles observations abusives. Si le bailleur pointe une dégradation qui existait déjà à l’entrée, le locataire a le temps de vérifier sur son état des lieux d’entrée et de préparer sa défense.

Pour le bailleur ou l’investisseur

En tant que conseiller spécialisé en investissement locatif, je recommande systématiquement le pré-état des lieux à mes clients propriétaires. Les raisons sont multiples :

  • Réduction du délai de vacance locative : en identifiant les travaux nécessaires en amont, le bailleur peut planifier les interventions et remettre le logement en location plus rapidement
  • Diminution des litiges : un locataire informé est un locataire qui coopère. Les contestations sur le dépôt de garantie chutent considérablement
  • Meilleure conservation du patrimoine : le dialogue instauré par le pré-état des lieux encourage le locataire à effectuer lui-même les petites réparations
  • Anticipation budgétaire : le bailleur peut chiffrer les travaux de remise en état et provisionner en conséquence

Si vous gérez un bien locatif et que vous souhaitez sécuriser votre investissement, prenez aussi le temps de bien renouveler votre bail de location à chaque échéance pour éviter les mauvaises surprises.

Déroulement d’un pré-état des lieux étape par étape

Voici comment je procède concrètement quand j’accompagne un propriétaire ou un locataire dans cette démarche.

Photographier chaque pièce permet de garder une trace objective de l'état du logement
Photographier chaque pièce permet de garder une trace objective de l’état du logement

1. La prise de rendez-vous

Le bailleur ou son gestionnaire contacte le locataire 3 à 4 semaines avant la date de sortie prévue. L’idéal est de proposer plusieurs créneaux pour faciliter l’organisation. Un courrier recommandé n’est pas nécessaire : un simple email ou un appel téléphonique suffit, puisqu’il s’agit d’une démarche amiable.

2. La visite du logement

Le jour convenu, les deux parties parcourent le logement ensemble. Je conseille de procéder pièce par pièce, en commençant par l’entrée et en terminant par les annexes (cave, parking, balcon). Pour chaque pièce, on examine :

  • Les murs, sols et plafonds (taches, trous, fissures, traces d’humidité)
  • Les menuiseries (fenêtres, portes, volets, poignées)
  • Les équipements sanitaires et électriques
  • Les éléments de cuisine et les appareils fournis

3. La rédaction du compte-rendu

À l’issue de la visite, un document récapitulatif est établi. Il liste toutes les observations, en distinguant clairement ce qui relève de la vétusté normale (à la charge du bailleur) et ce qui constitue une dégradation imputable au locataire. Certains gestionnaires utilisent des applications dédiées aux états des lieux pour gagner en précision et en rapidité.

4. Le délai de remise en état

Le locataire dispose ensuite de 2 à 3 semaines pour effectuer les réparations identifiées. C’est le cœur de l’intérêt du pré-état des lieux : donner le temps d’agir avant le constat définitif.

Obligations légales : ce que dit la loi

Soyons clairs : aucun texte de loi n’impose la réalisation d’un pré-état des lieux. La loi du 6 juillet 1989, qui encadre les locations d’habitation, ne mentionne que l’état des lieux d’entrée et de sortie. Le décret du 30 mars 2016 précise le contenu et la forme de ces documents obligatoires, mais reste muet sur toute visite préalable.

Cela signifie deux choses importantes :

  • Le locataire peut refuser un pré-état des lieux sans que cela lui soit reproché. Aucune sanction, aucune retenue supplémentaire ne peut être justifiée par ce refus
  • Le bailleur n’est pas tenu de proposer cette visite préalable. Il s’agit d’une bonne pratique, pas d’une obligation réglementaire

Attention toutefois : si le pré-état des lieux n’est pas obligatoire, le pré-état daté est une notion différente qui concerne la vente en copropriété. Ce document, lui, est obligatoire depuis la loi ALUR de 2014 lors de la vente d’un lot de copropriété. Ne confondez pas les deux : le pré-état daté est un document financier qui recense les charges et travaux en copropriété, tandis que le pré-état des lieux est une visite physique du logement loué.

Pour les propriétaires qui gèrent un patrimoine diversifié, y compris des locaux professionnels, je vous invite à consulter mon guide sur l’état des lieux de local commercial où les règles diffèrent sensiblement.

Le cas particulier du pré-état des lieux en HLM

Le pré-état des lieux en HLM mérite une attention particulière. Les bailleurs sociaux ont été parmi les premiers à systématiser cette pratique, et pour cause : avec un parc locatif immense et un turnover parfois élevé, la gestion efficace des sorties est un enjeu majeur.

Dans la plupart des organismes HLM, le pré-état des lieux est proposé automatiquement au locataire dès réception de son préavis. Un technicien du bailleur social se déplace et réalise un diagnostic complet du logement. Le compte-rendu est souvent très détaillé, avec des estimations chiffrées des travaux de remise en état.

Ce qui distingue le pré-état des lieux en HLM :

  • Il est quasi systématiquement gratuit pour le locataire
  • Le technicien dispose d’une grille de vétusté précise, souvent négociée avec les associations de locataires
  • Les délais accordés pour les réparations sont généralement plus souples que dans le parc privé
  • Certains bailleurs sociaux proposent même un accompagnement technique ou des fournitures à prix réduit

Si vous êtes locataire en HLM et qu’on vous propose un pré-état des lieux, je vous recommande vivement de l’accepter. C’est une occasion rare de bénéficier d’un diagnostic objectif et gratuit qui peut vous faire économiser plusieurs centaines d’euros sur votre dépôt de garantie.

Coût et prise en charge du pré-état des lieux

Les petites réparations réalisées par le locataire peuvent lui éviter des retenues importantes
Les petites réparations réalisées par le locataire peuvent lui éviter des retenues importantes

La question du coût revient systématiquement : est-ce qu’un pré-état des lieux est payant ? La réponse dépend de qui le réalise.

Intervenant Coût estimé Prise en charge
Bailleur particulier (en direct) Gratuit Aucun frais pour le locataire
Agence immobilière / administrateur de biens 0 à 90 € Inclus dans les frais de gestion ou facturé au bailleur
Prestataire spécialisé (société d’états des lieux) 80 à 150 € À la charge du bailleur
Commissaire de justice (ex-huissier) 150 à 300 € À la charge de celui qui le mandate
Bailleur social (HLM) Gratuit Intégré au budget de gestion du parc

Un point essentiel à retenir : le pré-état des lieux ne peut jamais être facturé au locataire. Contrairement à l’état des lieux d’entrée (dont une partie des frais peut être partagée selon la réglementation en vigueur), le pré-état des lieux est une initiative du bailleur. Si un propriétaire ou un gestionnaire vous demande de payer pour cette visite préalable, refusez : c’est contraire à l’esprit de la loi et aux bonnes pratiques du secteur.

Pour les investisseurs qui souhaitent optimiser la gestion de leur patrimoine locatif, notamment sur des biens comme un garage ou un parking, retrouvez mes recommandations dans le guide sur le bail de location de garage.

Mes conseils pratiques pour le bailleur et le locataire

Après avoir accompagné des centaines de transitions locatives à Dijon et dans l’agglomération, voici les recommandations que je donne systématiquement.

Conseils pour le bailleur

  • Proposez toujours le pré-état des lieux par écrit (email avec accusé de réception). Même si le locataire refuse, cette trace écrite démontre votre bonne foi en cas de litige ultérieur
  • Appuyez-vous sur une grille de vétusté reconnue, comme celle publiée par le décret du 30 mars 2016. Cela évite les discussions subjectives sur ce qui relève de l’usure normale
  • Prenez des photos datées lors du pré-état des lieux. Elles serviront de référence pour mesurer les efforts de remise en état du locataire
  • Soyez constructif et pédagogue : expliquez au locataire quelles réparations sont à sa charge et lesquelles relèvent de la vétusté. Cette transparence facilite grandement la coopération
  • Si vous proposez un logement meublé, vérifiez que l’inventaire du mobilier est à jour. Mon article sur l’exemple de bail de location meublé détaille les obligations en la matière

Conseils pour le locataire

  • Acceptez toujours le pré-état des lieux quand il vous est proposé. Vous n’avez rien à perdre et tout à gagner
  • Comparez systématiquement les observations du pré-état des lieux avec votre état des lieux d’entrée. Tout ce qui était déjà noté à l’entrée ne peut pas vous être imputé
  • Effectuez les réparations vous-même si possible : un pot de peinture à 30 € peut vous éviter une retenue de 200 € sur votre dépôt de garantie
  • Conservez les factures et photos de vos réparations. En cas de contestation lors de l’état des lieux de sortie, ces preuves seront précieuses
  • Si vous êtes en désaccord avec certaines observations, notez-le sur le compte-rendu. Le pré-état des lieux est un espace de dialogue, pas un verdict

Modèle de pré-état des lieux et outils recommandés

Beaucoup de propriétaires me demandent s’il existe un modèle de pré-état des lieux officiel. La réponse est non : puisque ce document n’a pas de valeur juridique imposée, il n’existe pas de formulaire réglementaire. Cependant, je recommande de s’inspirer du format de l’état des lieux officiel pour structurer sa visite.

Un bon document de pré-état des lieux doit contenir :

  • L’identité du bailleur et du locataire
  • L’adresse complète du logement
  • La date de la visite
  • Un descriptif pièce par pièce avec colonnes « état constaté », « action recommandée » et « à la charge de »
  • Un espace pour les observations et réserves de chaque partie
  • Les signatures (facultatives mais recommandées)

Concernant les outils, plusieurs applications d’état des lieux permettent de réaliser un pré-état des lieux numérique avec photos intégrées et envoi automatique du compte-rendu. C’est un gain de temps considérable, surtout pour les bailleurs qui gèrent plusieurs biens. Un pré-état des lieux PDF généré par ces applications est bien plus lisible et professionnel qu’un document manuscrit.

Pour ceux qui préfèrent un format papier, vous trouverez facilement des modèles gratuits en ligne. L’essentiel est de rester méthodique et exhaustif dans votre relevé.

Je rappelle également aux propriétaires l’importance de bien documenter l’ensemble de la relation locative. Si vous êtes en phase de renouvellement de bail, profitez-en pour mettre à jour vos documents et anticiper les prochaines échéances.

À retenir

  • Proposez le pré-état des lieux 3 à 4 semaines avant la sortie pour laisser au locataire le temps de faire les réparations
  • Appuyez-vous sur la grille de vétusté officielle pour distinguer usure normale et dégradations
  • Prenez des photos datées pièce par pièce lors de la visite préalable
  • Le locataire ne doit jamais payer pour un pré-état des lieux : les frais sont à la charge du bailleur
  • Conservez toutes les factures de réparation pour justifier les travaux effectués entre le pré-état et la sortie

Questions fréquentes


Qu’est-ce qu’un pré-état des lieux ?

Le pré-état des lieux est une visite préalable du logement réalisée conjointement par le bailleur et le locataire, généralement 2 à 3 semaines avant l’état des lieux de sortie officiel. Son objectif est d’identifier les dégradations et de permettre au locataire d’effectuer les réparations nécessaires avant la remise des clés. Ce document n’a pas de valeur juridique contraignante mais constitue un outil de dialogue très efficace pour éviter les litiges sur le dépôt de garantie.

Peut-on refuser un pré-état des lieux ?

Oui, le locataire peut tout à fait refuser un pré-état des lieux sans aucune conséquence juridique. Aucune loi n’impose cette démarche, et un refus ne peut en aucun cas justifier une retenue supplémentaire sur le dépôt de garantie. Cependant, je déconseille fortement de refuser : cette visite préalable est l’occasion de connaître précisément les attentes du bailleur et d’éviter de mauvaises surprises le jour de la sortie.

Est-ce qu’un pré-état des lieux est payant ?

Le pré-état des lieux est gratuit pour le locataire dans tous les cas. Le coût éventuel de cette visite est supporté par le bailleur, que ce soit directement ou via ses frais de gestion locative. Si un bailleur social (HLM) ou un propriétaire particulier réalise lui-même la visite, aucun frais ne s’applique. Seul le recours à un prestataire externe ou un commissaire de justice génère des coûts, mais ceux-ci restent à la charge exclusive du propriétaire.

Est-ce que le pré-état daté est obligatoire ?

Attention à ne pas confondre pré-état des lieux et pré-état daté. Le pré-état daté est un document obligatoire depuis la loi ALUR de 2014, mais il concerne exclusivement la vente d’un lot en copropriété. Il recense les charges, les travaux votés et la situation financière de la copropriété. Le pré-état des lieux, quant à lui, concerne la location et n’est pas obligatoire. Ce sont deux documents totalement distincts qui répondent à des situations juridiques différentes.

Quel délai prévoir entre le pré-état des lieux et l’état des lieux de sortie ?

Je recommande un délai de 2 à 3 semaines entre le pré-état des lieux et l’état des lieux de sortie. Ce laps de temps permet au locataire de réaliser les réparations identifiées : reboucher les trous, repeindre si nécessaire, remplacer les équipements endommagés. Un délai trop court (moins d’une semaine) rend la démarche inutile, car le locataire n’aura pas le temps d’agir. À l’inverse, un délai trop long risque de voir apparaître de nouvelles dégradations liées au déménagement.

Le pré-état des lieux peut-il être utilisé contre le locataire ?

Non, le pré-état des lieux ne peut pas être utilisé comme un document à charge contre le locataire. Il n’a aucune valeur juridique contraignante et ne remplace pas l’état des lieux de sortie, qui reste le seul document opposable. En revanche, si le locataire a signé le compte-rendu du pré-état des lieux et n’a effectué aucune réparation, le bailleur pourra s’en servir comme élément de contexte en cas de médiation ou de procédure amiable.


Etienne Chevalier
Etienne Chevalier

Etienne Chevalier est conseiller immobilier independant a Dijon depuis 18 ans. Ancien directeur d agence, il partage ses analyses du marche dijonnais et ses conseils pour investir, acheter ou vendre en Cote-d Or.