Dans cet article
- La succession immobilière doit être réglée dans les 6 mois suivant le décès pour éviter les pénalités fiscales
- Les droits de succession varient de 5 % à 45 % selon le lien de parenté et la valeur du bien
- Le conjoint survivant bénéficie d’une exonération totale de droits de succession depuis 2007
- L’abattement en ligne directe est de 100 000 € par parent et par enfant, renouvelable tous les 15 ans
- La donation-partage et le démembrement permettent de réduire jusqu’à 60 % la facture fiscale
- Sous-estimer un bien immobilier lors de la déclaration expose à un redressement fiscal avec pénalités de 40 %
Sommaire
- Qu’est-ce qu’une succession immobilière ?
- Les étapes clés d’une succession immobilière
- Frais et droits de succession sur un bien immobilier
- Succession immobilière et conjoint survivant
- Les 6 erreurs à éviter dans une succession immobilière
- Comment éviter ou réduire les droits de succession
- Vendre un bien immobilier issu d’une succession
- Indivision et cas particuliers
En dix-huit ans de métier à Dijon, j’ai accompagné des dizaines de familles confrontées à la transmission d’un patrimoine immobilier après un décès. La succession immobilière reste l’un des sujets les plus anxiogènes pour mes clients : délais serrés, fiscalité complexe, tensions familiales potentielles. Dans ce guide, je vous livre toutes les clés pour traverser cette étape sereinement et prendre les bonnes décisions au bon moment.
Qu’est-ce qu’une succession immobilière ?
La succession immobilière désigne l’ensemble des opérations juridiques et fiscales qui permettent de transmettre un bien immobilier (maison, appartement, terrain, local commercial) d’une personne décédée à ses héritiers. Elle s’inscrit dans le cadre plus large de la dévolution successorale définie par le Code civil, articles 720 à 892.
Contrairement à la succession d’un compte bancaire ou de biens mobiliers, la transmission d’un bien immobilier impose obligatoirement le recours à un notaire. Ce dernier établit l’attestation de propriété immobilière, document indispensable pour que les héritiers puissent disposer du bien (l’habiter, le louer ou le vendre).
En pratique, la succession immobilière se distingue par trois spécificités :
- L’évaluation du bien conditionne directement le montant des droits à payer
- Le bien est souvent en indivision entre plusieurs héritiers
- Les délais de règlement sont encadrés par la loi : 6 mois en métropole, 12 mois pour un décès survenu à l’étranger

Les étapes clés d’une succession immobilière
Voici le déroulement chronologique que je recommande à mes clients pour ne rien oublier :
1. L’ouverture de la succession
Dès le décès constaté, la succession s’ouvre automatiquement. Le notaire consulte le Fichier Central des Dispositions de Dernières Volontés (FCDDV) pour vérifier l’existence d’un testament. Il identifie ensuite les héritiers grâce à l’acte de notoriété.
2. L’inventaire du patrimoine
Le notaire dresse un bilan complet de l’actif (biens immobiliers, comptes bancaires, placements) et du passif (dettes, emprunts en cours). Pour l’immobilier, il faut réunir les documents essentiels : titre de propriété, diagnostics techniques, taxe foncière, éventuel bail en cours.
3. L’évaluation des biens immobiliers
C’est l’étape cruciale. La valeur retenue doit correspondre à la valeur vénale au jour du décès. Je conseille systématiquement de faire réaliser au moins deux estimations par des professionnels indépendants. Cette valeur servira de base au calcul des droits de succession.
4. Le choix de l’option successorale
Chaque héritier dispose de trois options :
- Accepter purement et simplement : on hérite de l’actif et du passif
- Accepter à concurrence de l’actif net : la responsabilité est limitée à la valeur des biens reçus
- Renoncer : on est considéré comme n’ayant jamais été héritier
5. La déclaration de succession et le paiement des droits
La déclaration doit être déposée auprès du service des impôts dans les 6 mois. Les droits sont payables immédiatement, sauf demande de fractionnement ou de différé.
6. L’attestation de propriété et le partage
Le notaire publie l’attestation de propriété au service de la publicité foncière. Les héritiers peuvent alors décider de conserver le bien en indivision, procéder au partage ou vendre.
Frais et droits de succession sur un bien immobilier
La question que l’on me pose le plus souvent : combien va coûter cette succession ? Voici un tableau récapitulatif des barèmes en vigueur pour 2026, tels que définis par l’administration fiscale française :
| Lien de parenté | Abattement | Taux d’imposition |
|---|---|---|
| Conjoint survivant / partenaire PACS | Exonération totale | 0 % |
| Enfant (ligne directe) | 100 000 € | 5 % à 45 % |
| Petit-enfant | 1 594 € | 5 % à 45 % |
| Frère / sœur | 15 932 € | 35 % à 45 % |
| Neveu / nièce | 7 967 € | 55 % |
| Autre héritier / non-parent | 1 594 € | 60 % |
Pour un enfant héritant d’un bien de 300 000 €, après abattement de 100 000 €, la base taxable est de 200 000 €. Les droits s’élèvent alors à environ 38 194 €, calculés par tranches progressives.
À ces droits s’ajoutent les frais de notaire liés à la succession :
- Émoluments proportionnels : environ 1,5 % à 2 % de la valeur du bien
- Frais d’attestation de propriété : environ 0,5 % de la valeur
- Débours et formalités : entre 400 et 1 200 €
Succession immobilière et conjoint survivant
Depuis la loi TEPA de 2007, le conjoint survivant (marié ou pacsé) est totalement exonéré de droits de succession. C’est un avantage fiscal considérable que beaucoup de familles sous-estiment.
En termes de droits sur le bien immobilier, le conjoint survivant dispose de plusieurs options selon la présence ou non d’enfants :
En présence d’enfants communs
Le conjoint peut choisir entre :
- L’usufruit de la totalité de la succession (droit d’habiter ou de percevoir les loyers)
- La pleine propriété du quart de la succession
En présence d’enfants d’un autre lit
Le conjoint reçoit obligatoirement la pleine propriété du quart, sans possibilité d’opter pour l’usufruit total.
Le droit au logement
Point essentiel que je rappelle systématiquement : le conjoint survivant bénéficie d’un droit temporaire au logement d’un an (gratuit, automatique) et peut réclamer un droit viager au logement sur la résidence principale, à condition que le défunt ne l’ait pas exclu par testament.
Si vous êtes dans cette situation et souhaitez vendre à terme, pensez à consulter mon guide sur le dépôt de garantie dans un compromis de vente pour sécuriser la transaction.

Les 6 erreurs à éviter dans une succession immobilière
En dix-huit ans de pratique, j’ai vu ces erreurs revenir systématiquement. Les voici, avec mes conseils pour les contourner :
Erreur n°1 : sous-estimer la valeur du bien
C’est tentant pour réduire les droits, mais l’administration fiscale dispose d’outils performants (Patrim, comparaisons de ventes). Un redressement entraîne des pénalités pouvant atteindre 40 % des droits éludés, plus les intérêts de retard.
Erreur n°2 : dépasser le délai de 6 mois
Passé ce délai, des intérêts de retard de 0,20 % par mois s’appliquent sur les droits dus. Au bout de 12 mois, une majoration de 10 % vient s’y ajouter.
Erreur n°3 : négliger l’indivision
Rester en indivision sans convention claire est source de conflits. Tout indivisaire peut exiger le partage à tout moment (article 815 du Code civil). Je recommande toujours de signer une convention d’indivision chez le notaire pour encadrer la gestion du bien.
Erreur n°4 : oublier les dettes du défunt
Un emprunt immobilier en cours, des travaux impayés ou une taxe foncière en retard viennent en déduction de l’actif successoral. Vérifiez l’existence d’une assurance emprunteur qui pourrait solder le crédit.
Erreur n°5 : ne pas anticiper la vente
Si les héritiers souhaitent vendre, il faut d’abord obtenir l’attestation de propriété. Cette formalité prend souvent 2 à 4 mois. Pendant ce temps, le bien se dégrade ou génère des charges. Anticipez en mandatant un agent dès que la décision est prise. Un mandat de vente simple permet de garder de la flexibilité.
Erreur n°6 : ignorer les dispositifs d’optimisation fiscale
Beaucoup de familles découvrent trop tard qu’une donation de son vivant aurait permis d’économiser des dizaines de milliers d’euros. La planification successorale se prépare au minimum 15 ans avant la transmission envisagée.
Comment éviter ou réduire les droits de succession
Il existe plusieurs stratégies légales pour alléger la facture fiscale. Voici celles que je recommande le plus fréquemment à mes clients dijonnais :
La donation-partage
Transmettre de son vivant permet de profiter de l’abattement de 100 000 € par enfant tous les 15 ans. En commençant tôt, un couple peut transmettre jusqu’à 400 000 € à deux enfants sans aucun droit à payer.
Le démembrement de propriété
Donner la nue-propriété tout en conservant l’usufruit est la stratégie la plus efficace. La valeur fiscale de la nue-propriété dépend de l’âge du donateur :
| Âge de l’usufruitier | Valeur de l’usufruit | Valeur de la nue-propriété |
|---|---|---|
| Moins de 51 ans | 60 % | 40 % |
| De 51 à 60 ans | 50 % | 50 % |
| De 61 à 70 ans | 40 % | 60 % |
| De 71 à 80 ans | 30 % | 70 % |
| De 81 à 90 ans | 20 % | 80 % |
| Plus de 91 ans | 10 % | 90 % |
Ainsi, un parent de 65 ans qui donne la nue-propriété d’un bien de 300 000 € ne sera taxé que sur 180 000 € (60 % de la valeur). Après abattement, la base taxable chute à 80 000 €.
La SCI familiale
Créer une Société Civile Immobilière permet de transmettre des parts sociales plutôt qu’un bien en direct. Les avantages : décote de 10 à 15 % pour illiquidité, transmission progressive des parts, et gestion simplifiée en évitant l’indivision.
L’assurance-vie
Les sommes versées avant 70 ans bénéficient d’un abattement spécifique de 152 500 € par bénéficiaire, hors succession. C’est un excellent complément pour financer les droits sur l’immobilier. Renseignez-vous également sur les frais liés aux contrats d’assurance pour optimiser votre stratégie globale.

Vendre un bien immobilier issu d’une succession
La vente d’un bien hérité obéit à des règles spécifiques que je rencontre quotidiennement dans mon activité :
Les conditions préalables
- L’attestation de propriété doit être publiée au service de la publicité foncière
- Si le bien est en indivision, tous les indivisaires doivent consentir à la vente (ou les deux tiers avec autorisation judiciaire depuis la loi de 2009)
- Les diagnostics techniques obligatoires doivent être réalisés
La plus-value immobilière
Bonne nouvelle : la valeur d’acquisition retenue est celle déclarée dans la succession, pas le prix d’achat initial par le défunt. Si vous vendez rapidement après le décès à un prix proche de la valeur déclarée, la plus-value sera faible, voire nulle.
En revanche, si vous avez conservé le bien plusieurs années et que sa valeur a augmenté, des abattements pour durée de détention s’appliquent : exonération totale après 22 ans pour l’impôt sur le revenu et 30 ans pour les prélèvements sociaux.
Mes conseils pratiques pour la vente
D’expérience, les biens issus de successions nécessitent souvent des travaux de rafraîchissement. Je recommande de réaliser au minimum un pré-état des lieux complet pour identifier les travaux prioritaires qui valoriseront le bien sans investissement excessif. Si le bien est loué, consultez les règles de renouvellement du bail avant de prendre votre décision.
Indivision et cas particuliers
L’indivision successorale
Lorsque plusieurs héritiers reçoivent un même bien, ils se retrouvent en indivision. Chacun détient une quote-part (exprimée en fraction). Les décisions courantes se prennent à la majorité des deux tiers, mais la vente ou les actes de disposition nécessitent l’unanimité.
Je constate que l’indivision fonctionne rarement sur le long terme. Les solutions pour en sortir :
- Le partage amiable : un héritier rachète les parts des autres
- Le partage judiciaire : le tribunal ordonne la vente aux enchères si aucun accord n’est trouvé
- La licitation : vente du bien avec répartition du prix entre indivisaires
Succession d’un appartement en copropriété
En cas de succession d’un appartement, l’héritier reprend les obligations du copropriétaire décédé : paiement des charges, respect du règlement de copropriété. Pensez à prévenir le syndic de copropriété rapidement pour recevoir les appels de fonds et les convocations d’assemblée générale.
Le cas du bien immobilier avec un crédit en cours
Si le défunt avait un emprunt immobilier, l’assurance emprunteur prend généralement en charge le capital restant dû. Vérifiez les conditions de la couverture : certaines polices ne couvrent que 50 % en cas de co-emprunteur. Le solde éventuel viendra en déduction de l’actif successoral, ce qui réduit la base taxable.
La succession d’un bien loué
Le bail en cours se poursuit automatiquement. L’héritier devient bailleur avec les mêmes droits et obligations que le défunt. Si le bien est loué meublé, les règles spécifiques du bail meublé s’appliquent, notamment le préavis réduit de trois mois.
Pour les héritiers qui souhaitent utiliser un simulateur afin d’estimer précisément leurs droits de succession, le site impots.gouv.fr propose un simulateur officiel accessible gratuitement.
À retenir
- Déposez la déclaration de succession dans les 6 mois pour éviter pénalités et intérêts de retard
- Faites réaliser 2 à 3 estimations indépendantes du bien pour justifier la valeur déclarée
- Anticipez la transmission avec une donation-partage ou un démembrement au moins 15 ans avant
- En indivision, signez une convention d’indivision notariée pour encadrer la gestion et éviter les blocages
- Vérifiez systématiquement l’existence d’une assurance emprunteur qui soldera le crédit immobilier
Questions fréquentes
Quels sont les frais de succession pour un bien immobilier ?
Les frais comprennent les droits de succession (de 5 % à 45 % en ligne directe, après abattement de 100 000 € par enfant) et les émoluments du notaire (environ 1,5 % à 2 % de la valeur du bien). Pour un bien de 300 000 € transmis à un enfant unique, comptez environ 38 000 € de droits plus 5 000 à 7 000 € de frais notariés. Le conjoint survivant est totalement exonéré.
Comment se passe une succession avec un bien immobilier ?
Le notaire ouvre la succession, identifie les héritiers via l’acte de notoriété, fait évaluer le bien à sa valeur vénale au jour du décès, établit la déclaration de succession, puis publie l’attestation de propriété. L’ensemble prend généralement entre 4 et 8 mois. Les héritiers peuvent ensuite conserver le bien, le vendre ou le partager.
Quelles sont les 6 erreurs à éviter dans une succession ?
Les six erreurs les plus fréquentes sont : sous-estimer la valeur du bien (risque de redressement), dépasser le délai de 6 mois (pénalités), négliger l’organisation de l’indivision, oublier les dettes déductibles du défunt, ne pas anticiper la vente (délai d’attestation de propriété), et ignorer les dispositifs d’optimisation fiscale comme la donation-partage ou le démembrement.
Comment éviter les droits de succession sur un bien immobilier ?
Il est impossible de supprimer totalement les droits, mais on peut les réduire fortement. Les principales stratégies sont : la donation-partage anticipée (abattement de 100 000 € renouvelable tous les 15 ans), le démembrement de propriété (taxation sur la seule nue-propriété), la création d’une SCI familiale (décote de 10 à 15 %), et l’assurance-vie (abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour les primes versées avant 70 ans).
Quel est le délai pour régler une succession immobilière ?
La déclaration de succession doit être déposée dans les 6 mois suivant le décès (12 mois si le décès a eu lieu à l’étranger). En pratique, le règlement complet de la succession (partage, attestation de propriété, vente éventuelle) prend entre 6 mois et 2 ans selon la complexité du dossier et l’entente entre les héritiers.
Peut-on vendre un bien immobilier avant la fin de la succession ?
Non, il faut attendre que le notaire ait publié l’attestation de propriété au service de la publicité foncière, ce qui prend 2 à 4 mois après le décès. Une fois ce document obtenu, les héritiers peuvent mettre le bien en vente, à condition que tous les indivisaires soient d’accord (ou les deux tiers avec autorisation judiciaire).
Etienne Chevalier est conseiller immobilier independant a Dijon depuis 18 ans. Ancien directeur d agence, il partage ses analyses du marche dijonnais et ses conseils pour investir, acheter ou vendre en Cote-d Or.