Charges de copropriété du locataire : guide complet

Dans cet article

  • Le locataire ne paie qu’une partie des charges de copropriété : les charges récupérables listées par le décret n° 87-713
  • Le pourcentage des charges copropriété locataire représente en moyenne 60 à 75 % du total des charges courantes
  • Deux modes de paiement possibles : provisions sur charges avec régularisation annuelle ou forfait (meublé uniquement)
  • Les frais de syndic, les gros travaux et le fonds de roulement restent toujours à la charge du propriétaire
  • La régularisation doit intervenir au moins une fois par an, avec un décompte détaillé transmis au locataire
  • En cas de trop-perçu, le propriétaire doit rembourser le locataire dans un délai d’un mois

Après dix-huit ans de pratique à Dijon, je peux vous affirmer que la question de la charge de copropriété locataire est l’une des plus fréquentes que me posent les propriétaires bailleurs. Et pour cause : mal maîtrisée, la répartition des charges entre propriétaire et locataire peut générer des litiges coûteux, des régularisations douloureuses et des erreurs fiscales. Je vous propose un guide complet, nourri de mon expérience terrain, pour tout comprendre et tout anticiper.

Qui paie les charges de copropriété ?

La réponse courte : les deux. Le propriétaire est le seul interlocuteur du syndic et reste redevable de l’intégralité des charges auprès de la copropriété. Cependant, la loi lui permet de récupérer une partie de ces charges auprès de son locataire. On parle alors de charges locatives ou charges récupérables.

Le cadre légal repose sur deux textes fondamentaux :

  • L’article 23 de la loi du 6 juillet 1989, qui pose le principe de la récupération des charges
  • Le décret n° 87-713 du 26 août 1987, qui dresse la liste exhaustive des charges récupérables

Concrètement, le locataire doit payer les frais de copropriété liés à l’usage courant du logement et des parties communes. Le propriétaire conserve à sa charge tout ce qui relève de la propriété du bien : gros travaux, honoraires de gestion, ravalement structurel, etc.

L'analyse du budget prévisionnel permet d'identifier les charges récupérables sur le locataire
L’analyse du budget prévisionnel permet d’identifier les charges récupérables sur le locataire

En copropriété, les charges se divisent en deux grandes familles. Les charges générales couvrent l’entretien et l’administration de l’immeuble. Les charges spéciales concernent les équipements et services collectifs (ascenseur, chauffage collectif, gardien). Dans les deux cas, une partie est récupérable sur le locataire, selon les règles du décret.

Charges récupérables : la liste complète

Voici les principales catégories de charges que vous pouvez imputer au locataire. Cette liste des charges récupérables locataire est fixée par la loi : impossible d’y ajouter des postes par le bail.

Entretien des parties communes

  • Nettoyage des halls, escaliers, couloirs et parkings
  • Produits d’entretien et petit matériel (ampoules, balais)
  • Entretien des espaces verts (tonte, taille, arrosage)
  • Entretien des aires de jeux et équipements extérieurs

Eau et énergie

  • Eau froide et eau chaude des parties communes et privatives (si compteur collectif)
  • Combustible et alimentation du chauffage collectif
  • Électricité des parties communes (éclairage, minuteries)

Équipements collectifs

  • Ascenseur : électricité, entretien courant, petites réparations (mais pas le remplacement de la cabine)
  • Ventilation mécanique contrôlée (VMC)
  • Interphone et digicode : entretien et maintenance courante

Gardien ou concierge

  • Salaire et charges sociales du gardien à hauteur de 75 % s’il assure entretien et sortie des poubelles
  • 40 % s’il ne fait qu’une seule de ces deux tâches

Taxes et redevances

  • Taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM)
  • Redevance d’assainissement

Je constate souvent que les propriétaires dijonnais sous-estiment le poste chauffage collectif, qui peut représenter à lui seul 30 à 40 % des charges récupérables dans les immeubles anciens du centre-ville. Pour réduire ce poste, je recommande de s’intéresser aux dispositifs de rénovation énergétique en copropriété.

Charges non récupérables : ce qui reste au propriétaire

Est-ce au locataire de payer les frais de syndic ? Non, jamais. Les honoraires du syndic de copropriété sont exclusivement à la charge du propriétaire. C’est l’une des erreurs les plus courantes que je rencontre chez les bailleurs débutants.

Voici les principales charges que le locataire ne doit pas payer :

  • Honoraires du syndic : gestion courante et missions exceptionnelles
  • Gros travaux : ravalement de façade, réfection de toiture, remplacement de chaudière collective
  • Fonds de travaux (cotisation loi ALUR) : cette provision obligatoire alimente le fonds de roulement de la copropriété
  • Assurance de l’immeuble : la prime multirisque immeuble est non récupérable
  • Frais de procédure et contentieux de la copropriété
  • Diagnostics obligatoires (DPE collectif, amiante, plomb)
L'entretien des parties communes fait partie des charges récupérables auprès du locataire
L’entretien des parties communes fait partie des charges récupérables auprès du locataire

Dans mon expérience, les charges non récupérables représentent en général 25 à 40 % du budget prévisionnel de la copropriété. C’est un poste que tout investisseur doit intégrer dans son calcul de rentabilité nette, au même titre que la taxe foncière.

Comment calculer les charges de copropriété pour un locataire

Le calcul des charges locatives en copropriété suit une logique simple, mais demande de la rigueur. Voici ma méthode, que j’utilise systématiquement pour mes clients investisseurs à Dijon.

Étape 1 : partir du budget prévisionnel voté en AG

Récupérez le budget prévisionnel annuel de votre copropriété. Ce document détaille chaque poste de dépenses. Vous le trouverez dans le procès-verbal de la dernière assemblée générale ou auprès de votre syndic.

Étape 2 : identifier les postes récupérables

Pour chaque ligne du budget, vérifiez si elle figure dans la liste du décret n° 87-713. En cas de doute, le site Service-public.fr propose un résumé clair et à jour des charges récupérables.

Étape 3 : appliquer les tantièmes de votre lot

Multipliez chaque poste récupérable par vos tantièmes de copropriété. Vous obtenez le montant annuel des charges locatives pour votre logement.

Étape 4 : diviser par 12 pour les provisions mensuelles

Le montant obtenu, divisé par douze, donne la provision mensuelle à inscrire dans le bail et à appeler chaque mois en plus du loyer.

Prenons un exemple concret : un T3 dans une résidence dijonnaise avec un budget prévisionnel annuel de 45 000 € pour 200 lots. Les charges récupérables représentent 28 000 €. Votre lot pèse 45/1000e des tantièmes. Vos charges locatives annuelles sont donc de 28 000 × 45/1000 = 1 260 € par an, soit 105 € par mois de provisions.

Provisions ou forfait : quel mode choisir

La loi offre deux options pour les charges de copropriété locataire ou propriétaire, selon le type de bail :

Les provisions sur charges (bail nu)

C’est le seul mode autorisé pour les locations nues. Le locataire verse chaque mois une provision, basée sur le budget prévisionnel ou sur les charges réelles de l’année précédente. Une régularisation annuelle ajuste le trop-versé ou le complément dû.

Le forfait de charges (bail meublé)

Pour les locations meublées, le propriétaire peut opter pour un forfait. Avantage : aucune régularisation, aucun justificatif à produire. Le montant est fixé dans le bail et ne change pas en cours d’année. Attention cependant : le forfait ne doit pas être manifestement disproportionné par rapport aux charges réelles, sous peine de requalification par le juge.

Mon conseil : pour un meublé en copropriété avec chauffage collectif, je préconise le forfait majoré de 10 à 15 % par rapport aux charges récupérables réelles. Cela couvre les variations saisonnières sans léser le locataire. Pour les locations nues, les provisions restent obligatoires.

Régularisation annuelle : mode d’emploi

La régularisation est souvent la source de tensions entre propriétaires et locataires. Voici comment la gérer proprement.

Le propriétaire doit procéder à la régularisation au moins une fois par an. Il compare les provisions versées par le locataire aux charges réelles approuvées en assemblée générale. Le décompte doit être envoyé un mois avant la régularisation effective.

Les documents à fournir au locataire

  • Le décompte détaillé des charges par nature (entretien, eau, chauffage, etc.)
  • Le mode de répartition entre les copropriétaires
  • Une note d’information sur les modalités de calcul des charges de chauffage et d’eau chaude

Le locataire dispose d’un droit de consultation des pièces justificatives (factures, contrats de maintenance) pendant six mois après l’envoi du décompte. En pratique, je recommande aux propriétaires de conserver l’ensemble des justificatifs pendant trois ans, car c’est le délai de prescription des charges locatives.

Si la régularisation fait apparaître un trop-perçu, le propriétaire rembourse le locataire. Si elle révèle un complément, le locataire doit payer la différence. Le propriétaire peut accorder un étalement sur douze mois si la régularisation intervient plus d’un an après la dernière.

La régularisation annuelle des charges doit être accompagnée d'un décompte détaillé transmis au locataire
La régularisation annuelle des charges doit être accompagnée d’un décompte détaillé transmis au locataire

Pour faciliter le suivi de votre copropriété, je vous recommande de consulter régulièrement le carnet d’entretien de la copropriété, qui recense toutes les interventions et contrats en cours.

Tableau de répartition des charges entre propriétaire et locataire

Ce tableau charges locatives synthétise les principaux postes de dépenses. Je l’utilise comme outil de référence pour mes clients investisseurs.

Poste de charges Récupérable sur le locataire À la charge du propriétaire
Eau froide et eau chaude Oui Non
Chauffage collectif (combustible) Oui Non
Entretien parties communes Oui Non
Électricité parties communes Oui Non
Ascenseur (entretien courant) Oui Non
Gardien (75 % ou 40 %) Oui (partiellement) Complément
TEOM Oui Non
Espaces verts (entretien) Oui Non
Honoraires du syndic Non Oui
Assurance immeuble Non Oui
Ravalement de façade Non Oui
Remplacement chaudière collective Non Oui
Fonds de travaux (loi ALUR) Non Oui
Frais de contentieux copropriété Non Oui
Remplacement cabine ascenseur Non Oui

Comme vous le constatez, le pourcentage charges copropriété locataire varie fortement selon l’immeuble. Dans une résidence récente sans gardien ni chauffage collectif, il peut descendre à 50 %. Dans un immeuble ancien avec gardien et chauffage collectif, il monte souvent à 75 %.

Erreurs fréquentes et litiges à éviter

En dix-huit ans de métier, j’ai vu les mêmes erreurs se répéter. Voici les pièges les plus courants et comment les éviter.

Erreur n° 1 : facturer des charges non récupérables

Certains propriétaires incluent dans les provisions des postes comme l’assurance immeuble ou les honoraires de syndic. C’est illégal. Le locataire peut contester et demander le remboursement sur les trois dernières années, conformément aux dispositions de la loi du 6 juillet 1989.

Erreur n° 2 : oublier la régularisation

Ne pas régulariser expose le propriétaire à un risque financier important. Si les charges réelles dépassent les provisions, le trop-perçu s’accumule. Et plus on attend, plus la régularisation sera difficile à absorber pour le locataire. Au-delà de trois ans, les sommes sont prescrites.

Erreur n° 3 : sous-estimer les provisions

Je vois régulièrement des bailleurs fixer des provisions artificiellement basses pour rendre leur annonce plus attractive. Résultat : une régularisation brutale en fin d’année qui dégrade la relation avec le locataire. Mieux vaut des provisions réalistes dès le départ.

Erreur n° 4 : ne pas ajuster après la régularisation

Après chaque régularisation, révisez le montant des provisions pour l’année suivante. Un écart supérieur à 15 % entre provisions et réel signale un ajustement nécessaire.

En cas de litige, la Commission départementale de conciliation (CDC) peut être saisie gratuitement avant tout recours judiciaire. À Dijon, cette commission est rattachée à la DDT de Côte-d’Or. Je recommande toujours d’y recourir avant d’engager des frais d’avocat.

Mes conseils pour l’investisseur locatif

En tant que conseiller immobilier spécialisé sur le marché dijonnais, voici mes recommandations pratiques pour optimiser la gestion des charges.

Avant l’achat

  • Demandez les trois derniers PV d’assemblée générale pour identifier les travaux votés ou à venir
  • Analysez le budget prévisionnel et calculez la part récupérable pour estimer votre rendement net
  • Vérifiez si l’immeuble dispose d’un chauffage collectif : c’est souvent le poste le plus lourd en charge copropriété locataire

Pendant la gestion

  • Utilisez un logiciel de gestion locative ou un tableur dédié pour suivre les provisions et préparer la régularisation
  • Assistez aux assemblées générales : vous y votez les budgets qui détermineront vos charges récupérables
  • Conservez tous les justificatifs pendant cinq ans (trois ans de prescription + marge de sécurité)

Pour optimiser votre fiscalité

Les charges de copropriété non récupérables sont déductibles de vos revenus fonciers si vous êtes au régime réel. Cela inclut les honoraires de syndic, l’assurance immeuble et les frais de gestion. Pensez à bien distinguer les deux catégories dans votre déclaration, en lien avec votre calcul de taxe foncière.

Pour les investisseurs qui envisagent des montages patrimoniaux, la question des charges est intimement liée à celle de la propriété. Si vous vous intéressez au démembrement, consultez mon article sur l’achat en nue-propriété, où j’aborde la répartition des charges entre nu-propriétaire et usufruitier.

Enfin, n’oubliez pas que la hausse continue de la taxe foncière vient s’ajouter aux charges non récupérables. Intégrez cette tendance dans vos projections de rentabilité à moyen terme, notamment si vous investissez dans des immeubles anciens des quartiers centraux de Dijon.

À retenir

  • Vérifiez chaque poste de charges avec le décret n° 87-713 avant de le facturer au locataire
  • Fixez des provisions mensuelles réalistes dès la signature du bail pour éviter les régularisations brutales
  • Procédez à la régularisation chaque année et transmettez le décompte détaillé un mois avant
  • Ne facturez jamais les honoraires de syndic ni l’assurance immeuble au locataire
  • Déduisez les charges non récupérables de vos revenus fonciers au régime réel pour optimiser votre fiscalité

Questions fréquentes


Est-ce que le locataire doit payer les frais de copropriété ?

Le locataire ne paie pas l’intégralité des frais de copropriété. Il ne prend en charge que les charges récupérables, c’est-à-dire les dépenses liées à l’usage courant du logement et des parties communes (entretien, eau, chauffage collectif, ascenseur). Le propriétaire reste redevable des charges liées à la propriété du bien (travaux, syndic, assurance immeuble).

Quelles sont les charges à imputer au locataire ?

Les charges imputables au locataire sont strictement définies par le décret n° 87-713 du 26 août 1987. Elles couvrent principalement l’entretien des parties communes, l’eau froide et chaude, le chauffage collectif, l’électricité des communs, l’entretien courant de l’ascenseur, une partie du salaire du gardien, la TEOM et l’entretien des espaces verts. Aucun autre poste ne peut être ajouté par le bail.

Est-ce au locataire de payer les frais de syndic ?

Non, les frais de syndic sont intégralement à la charge du propriétaire. Qu’il s’agisse des honoraires de gestion courante ou des missions exceptionnelles (suivi de travaux, contentieux), le syndic est mandaté par le syndicat des copropriétaires, dont seul le propriétaire est membre. Facturer ces frais au locataire constituerait une clause abusive, annulable par le juge.

Qui paie la charge de copropriété ?

Le propriétaire est le seul redevable auprès du syndic pour l’ensemble des charges de copropriété. Toutefois, il peut récupérer une partie de ces charges auprès de son locataire, sous forme de provisions mensuelles avec régularisation annuelle (location nue) ou de forfait (location meublée). Le pourcentage récupérable se situe généralement entre 60 et 75 % des charges courantes.

Que se passe-t-il en cas de départ du locataire avant la régularisation ?

Le propriétaire peut conserver jusqu’à 20 % du dépôt de garantie (un mois de loyer en location nue) en attendant la régularisation définitive. Il dispose ensuite d’un délai raisonnable après l’approbation des comptes de la copropriété pour régulariser et restituer le solde. Si la régularisation fait apparaître un trop-perçu, le propriétaire doit rembourser l’ancien locataire dans le mois suivant.

Peut-on augmenter les provisions de charges en cours de bail ?

Oui, le propriétaire peut ajuster les provisions de charges à chaque régularisation annuelle. Si les charges réelles constatées sont supérieures aux provisions versées, il est légitime d’augmenter le montant mensuel pour l’année suivante. Cette modification ne nécessite pas d’avenant au bail ; elle doit simplement être justifiée par les charges réelles de la copropriété.


Etienne Chevalier
Etienne Chevalier

Etienne Chevalier est conseiller immobilier independant a Dijon depuis 18 ans. Ancien directeur d agence, il partage ses analyses du marche dijonnais et ses conseils pour investir, acheter ou vendre en Cote-d Or.